Face à la montée des discours erronés en santé, le ministère en charge de la Santé et de l’Accès aux soins a organisé le vendredi 18 avril 2025 un colloque intitulé « Lutte contre l’obscurantisme et la désinformation en santé », avec pour objet d’affirmer une position politique forte en faveur de la science en santé et de lancer les travaux collectifs correspondants.
Par ailleurs, la santé mentale a été distinguée par le Gouvernement comme Grande Cause Nationale de l’année 2025, avec pour un des objectifs prioritaires « le développement de la prévention ».
La pratique de l’instruction judiciaire des plaintes de bruit conduit à retenir la pertinence conjointe de ces deux actions devant l’hypersensibilisation entretenue par les médias et la publicité, à travers une présentation fallacieuse visant à développer des attitudes anxiogènes et par la suite hostiles à l’égard de tout bruit.
Les aspects de la désinformation
La désinformation sur les effets du bruit consiste à propager l’idée que le décibel serait en quelque sorte un agent pathogène, avec pour conséquence de persuader la population que l’exposition aux ondes sonores est par elle-même nocive.
A l’instar de FRANCE BLEU, dans une publication du 13 juillet 2020 intitulée Le bruit, cet ennemi invisible (1), la plupart des médias stigmatisent ainsi le bruit :
« Il accompagne nos vies citadines de façon de plus en plus intense. Il nous suit au travail, chez nous ou dans nos loisirs. Le bruit est partout et il a de réelles conséquences sur notre santé. »
Ou suivant l’exemple de la revue CERVEAU & PSYCHO présentant ainsi le bruit sous le titre de l’article « Le bruit : quel impact sur notre cerveau ? » (2) :
« Vous entendez ? Le râlement sourd de votre frigidaire ou du chauffage, le vrombissement des voitures. Au travail, les conversations des collègues, l’imprimante, les téléphones. Dehors, la rumeur du bus ou du métro, le chantier de rénovation de l’avenue. Sur vos oreilles, le hurlement des écouteurs. Le bruit est partout … ».
Ou encore lors de la présentation d’un colloque sur l’audition (3) :
« Car de nos jours, le bruit est partout, et ce volume sonore omniprésent est à l’origine de bien des déficiences et pathologies auditives, comme des pertes auditives, acouphènes et autres. Et cela concerne toutes les tranches d’âges ! »
Devant la prédiction corruptive du médecin et microbiologiste Robert Koch en 1905 (4) suivant laquelle « Le jour viendra où l’homme devra combattre le bruit aussi inexorablement que la peste ou le choléra », le professeur François Raveau, président de la Commission scientifique BRUITS et VIBRATIONS du ministère de l’Environnement, vient à juste titre rappeler que « le bruit n’est pas une maladie » (5).
L’allégation abusive du bruit partout se trouve même portée à l’encontre de sources de bruit coutumières ou naturelles, lesquelles sont désormais présentées comme dangereuses.
Ainsi, à la question posée sur le bruit de la mer, le moteur de recherche GOOGLE en prévient la dangerosité :
« Protéger son audition à la plage … Sur les côtes, les vents soufflent souvent à plus de 25 km/h, ce qui peut engendrer des niveaux sonores de 85 décibels, seuils à partir duquel une exposition prolongée peut endommager l’audition. »
De surcroît, la présentation récurrente du bruit par les médias ou la documentation commerciale font l’objet d’une altération insidieuse, puisque réduite au seul critère de l’intensité sonore.
Il est ainsi prétendu sur le site Internet TOUT SUR L’ISOLATION (6) que le bruit serait mesurable :
« D’agréables à fatigants, voire nocifs, les bruits qui nous entourent peuvent être classés sur une échelle selon le niveau de décibels qu’ils génèrent. »
De même, le site SANTE MAGAZINE (7) associe la qualité du sommeil à un seuil de décibels, en négligeant l’appréhension cognitive de la source qui pourtant est par elle-même de nature à provoquer le réveil :
« L’oreille reste en veille même pendant le sommeil, percevant les bruits de l’environnement. Un bruit nocturne supérieur à 35 dB peut perturber l’endormissement et la qualité du sommeil. »
Le silence, au sens de l’absence de son, n’existant pas dans la nature, une telle réduction numérique de l’incidence du bruit ne peut assurément qu’engendrer de l’anxiété, mais surtout conduit à négliger l’impact délétère de ce dernier lorsque le trouble provient non pas du son en tant qu’entité physique mais de l’appréhension négative de la source sonore et de la réaction consécutive de rejet ; il est rappelé à cet égard que le bruit est avant tout du son connoté, c’est-à-dire du son porteur d’appréciation.
La nécessaire distinction entre les sources
L’amalgame de toute source sonore sous l’entité monosémique dénommée bruit relève d’un improbable biais cognitif, dont la conséquence est pour le moins dommageable puisque conduisant à en confondre les impacts sur la santé, en attribuant des pertes auditives à des bruits de trafic, comme le suggère par exemple une affiche représentant un flot de circulation de voitures tandis que le colloque annoncé vise la prévention des traumatismes de l’ouïe.
Pour prétendre à une action prophylaxique efficace contre le bruit, il conviendrait plutôt d’en cerner les différents effets :
- L’effet lésionnel, lorsque l’intensité de l’onde sonore est forte, au point d’occasionner des déplacements dynamiques des cellules ciliées ou de la membrane du tympan supérieurs à leurs limites d’élasticité ; avec pour conséquences des traumatismes passagers si n’est irréversibles de l’appareil auditif.- L’effet angoissant, lorsque le niveau sonore est suffisamment élevé et constant pour masquer l’environnement sonore proche et altérer ainsi la fonction primitive et essentielle de surveillance autour de soi, y compris durant le sommeil, en brouillant l’écoute et la communication ; on rappelle que l’ouïe est l’organe premier de vigilance, le seul capable de prévenir un danger à distance, derrière soi et dans l’obscurité.- L’effet perturbateur, lorsque la source sonore, quelle que soit son intensité, est jugée indésirable, voire menaçante, et suscite de ce fait un état d’inconfort qui engendre à la longue une réaction de stress.
On remarque que les traumatismes du système auditif sont provoqués par les activités musicales, professionnelles ou de loisirs requérant l’usage de sources d’intensité acoustique très élevée, tandis que l’angoisse engendrée par le débordement de bruit relève plutôt de l’exposition à des environnements spécifiquement bruyants, tels qu’aux alentours d’aéroports, en bordure de voies à fort trafic routier ou ferroviaire et au milieu de quartiers urbains animés à forte occupation dite récréative, de surcroît noctambule.
Les effets de l’indésirabilité et la sensation de menace sonore apparaissent pour leur part largement répandus et devant une multiplicité de sources de voisinage, telles que résultant du comportement de personnes, d’animaux, ainsi que du fonctionnement d’appareils et d’équipements de multiples natures.
Rappelons, suivant les résultats de l’étude du CREDOC réalisée en Ile-de-France en 2021 (8), que les sources de nuisance sonore dont se plaint la population sont pour les principales, d’une part le bruit des transports pour 41,5 % des personnes et d’autre part le bruit de voisinage pour 36,7 %, soit un impact assez comparable entre les deux sources en termes de gêne exprimée.
Il convient encore de retenir l’importance du coût social du bruit de voisinage évalué à 11,5 milliards d’euros par an suivant l’étude réalisée en 2016 par l’organisme ERNST & YOUNG (9) à l’initiative de l’ADEME.
De la sorte, l’effet délétère du bruit de voisinage constitue un vrai problème de santé publique, dont la prise en compte se trouve trop souvent délaissée au profit du bruit des transports, lequel sert en quelque sorte d’alibi à l’action publique.
Rappelons que les plans de prévention du bruit (PPBE) ont pour vocation suivant la transcription de la directive européenne de porter sur les nuisances sonores émanant des infrastructures de transport.
La recherche scientifique sur les effets du son
L’approche des effets du bruit sur la santé à l’aide de seuls paramètres numériques, tels que la quantité de décibels, reste largement répandue dans les milieux physicalistes tandis que la recherche scientifique vient opportunément réserver une telle interprétation et ouvrir d’autres champs d’investigation.
Rappelons que certains chercheurs comme Kryter (10) ou Miller (11) soutiennent qu’il n’existe finalement peu de preuves d’une liaison causale entre l’exposition sonore et les troubles de la santé au motif des multiples paramètres psycho-sociaux et environnementaux associés.
En retour, différents organismes comme l’INSERM (12) confirment la possibilité d’un certain nombres de pathologies imputables au bruit tout en reconnaissant cependant l’insuffisance des recherches :
« Outre les maladies cardiovasculaires, des signaux de plus en plus forts associent l’exposition environnementale au bruit à d’autres pathologies comme la dépression, les démences, certains cancers ou encore les troubles du métabolisme tels que l’obésité et le diabète de type 2 … Pourtant, il manque encore des études au long cours sur de grands échantillons de population pour confirmer ces liens. »
Ou encore :
« Bien que les mécanismes ne soient pas encore pleinement élucidés, de nombreuses études ont mis en évidence des associations entre l’exposition répétée au bruit et l’hypertension artérielle mais aussi avec la survenue d’infarctus du myocarde et d’angines de poitrine. »
La publication sur les effets du bruit sur la santé par Olivier Blond, Fanny Mietlicki et Anne-Sophie Evrard (13) vient confirmer l’insuffisance des résultats d’étude :
« Ces dernières années, de nombreuses études ont montré que le risque d’hypertension artérielle semble augmenter avec le niveau de bruit, mais pas toujours de manière significative.Seules quelques études ont rapporté une association entre le bruit des transports et les accidents vasculaires cérébraux.Il semblerait que l’exposition au bruit des transports perturbe la sécrétion des hormones de stress (catécholamines et cortisol). Cependant, il n’est pas encore possible de tirer des conclusions du fait du faible nombre d’études sur le sujet. »
Il apparaît bien certain qu’un certain nombre d’élucidations sur les mécanismes en action restent attendus, non pas seulement pour affiner le risque pathologique du bruit de l’environnement, mais pour en identifier les facteurs à l’origine et sans doute pour l’essentiel de savoir distinguer l’impact de l’appréhension cognitive par rapport l’exposition à l’onde sonore en tant que phénomène physique mesurable.
Une telle prise en compte apparaît d’autant plus décisive suivant les recherches de B. Morillon et de S. Baillet (14) lesquelles confirment à l’aide de mesures magnétoencéphalographiques que le cortex moteur aide à mieux entendre en anticipant la sensation par une excitation neuronale se propageant vers le cortex auditif ; une telle démonstration contribuant à confirmer que l’impact cognitif de la source est indissociable des modalités d’appréhension du bruit.
En l’espèce, la désinformation qu’il convient de dénoncer relève bien du discours techno-décibélateur des médias et de la publicité commerciale associant sans réserve les pathologies à la seule manifestation sonore du bruit, c’est-à-dire à l’intensité acoustique.
C’est en tout cas le seul critère retenu pour l’administration de l’infraction au bruit de voisinage des activités ; ce qui ne devrait donc pas permettre de vérifier à lui seul l’exigence de tranquillité visée par le Code de la Santé publique.
L’incommensurabilité du trouble cognitif
Il est proposé de considérer que si l’étude des effets lésionnels et anxieux peut faire l’objet d’une tentative de corrélation avec le niveau d’intensité sonore, il ne peut à l’évidence en être de même de l’effet délétère du bruit de voisinage, lequel relève d’aspects humains irréductibles à l’appréciation quantitative dès lors que le trouble résulte pour l’essentiel de l’appréhension négative du bruit.
« Il n’existe pas de bruit en soi, il n’existe du bruit que pour soi » rappelle à cet égard le professeur Claude Leroy, psychiatre (15).
De la sorte, si les différents effets du bruit sur l’homme peuvent le cas échéant s’accumuler dans un même environnement, il est impératif d’apprendre à les distinguer afin d’appréhender le traitement correspondant, lequel est susceptible de varier suivant le type de source.
Il convient assurément de dénoncer le traitement récurrent de l’information visant à amalgamer les différentes sources sonores sous l’entité monosémique dénommée bruit et conférant à ce dernier un impact intrinsèquement nocif, au point de se trouver qualifié de pollution, y compris lorsqu’il est question de nuisance et donc de santé publique plutôt que de protection environnementale ou d’écologie.
Remarquons que le Conseil national du bruit se trouve placé auprès du ministre chargé de l’Environnement et non du ministre de la Santé.
A la différence du son, relevant d’un phénomène physique, le bruit ne peut exister sans oreilles pour l’entendre ni sans pensée pour en appréhender le sens.
Ainsi le bruit se définit effectivement comme du son connoté et l’amalgame entre son et bruit relève d’un raccourci de pensée qui ne peut que contrevenir à une prise en compte adéquate de la nuisance.
De la sorte, les articles de revues ou les brochures publiant des échelles de niveau sonore en décibels, visant à comparer des sources d’effets traumatisant ou angoissant avec des bruits coutumiers ou domestiques repérés sur une même règle suivant leur degré respectif, ne manquent pas d’entretenir une confusion préjudiciable.
A titre d’exemple et suivant une telle lecture de l’échelle graduée des bruits ceux résultant des piétinements récurrents et tardifs du voisin de l’appartement du dessus devraient donc se trouver moins affectants que ceux occasionnés par le passage des voitures dans la rue au motif d’un moindre degré sur la règle, alors qu’en l’espèce la signification du bruit l’emporte très largement dans le processus du trouble.
Répandre l’idée, comme pratiqué par les médias, que le trouble de bruit s’évalue en termes de décibels, c’est-à-dire en négligeant l’impact cognitif, contribue effectivement à assimiler le son à un agent pathogène et finalement à engendrer un climat sonore délétère devant toutes sortes de sources, chez soi comme à l’extérieur, à la ville comme à la campagne, au seul motif de l’émission d’un son.
Il est à nouveau confirmé que le silence n’existe pas dans la nature et qu’il s’agit d’une expression métaphorique utilisée pour décrire une ambiance sonore dans laquelle différents bruits sont ignorés pour leur absence de signification et d’autres sont jugés compatibles au repos et à la tranquillité au motif de leur congruité dans le contexte social et culturel.
Une telle incitation à la peur suscite alors l’intolérance à l’égard du voisinage et conduit même à se plaindre des bruits courants de la nature, tels le bruit de la pluie, des torrents, des cigales ou des grenouilles, ou ceux coutumiers de la ville et de la campagne ; tels les procès intentés en zone rurale pour le bruit des coqs, des travaux des champs ou de la sonnerie des cloches.
Ainsi, se développe des mouvements de rejet incongrus, tels les espaces « no kids », l’interdiction d’enfants dans des établissements touristiques avec des réservations "adult only", la prohibition des cris des commerçants sur un marché de Toulouse et il est désormais proposé dans des salons de coiffure Suisses une option " silent cut " prévenant toute conversation avec le client.
L’effet délétère du sens
Pourtant l’impact délétère du sentiment d’indésirabilité se trouve dûment dénoncé en introduction d’actions officielles de prévention du bruit.
La Directive 2002/49/CE du Parlement européen et du Conseil du 25 juin 2002 relative à l'évaluation et à la gestion du bruit dans l'environnement donne à l’article 3 la définition suivante :
« Bruit dans l’environnement : le son extérieur non désiré ou nuisible résultant d'activités humaines, y compris le bruit émis par les moyens de transports, le trafic routier, ferroviaire ou aérien et provenant de sites d'activité industrielle … »
La présentation de l’action pour « Améliorer la tranquillité sonore » du 4ème PLAN NATIONAL SANTÉ ENVIRONNEMENT (PNSE) porte le diagnostic suivant :
« Du matin au soir, nos oreilles sont sollicitées par divers bruits généralement non désirés et à des niveaux sonores pouvant être élevés ».
De la sorte, si l’indésirabilité est bien reconnue par diverses instances comme un motif de nuisance sonore, aucune prévention correspondante ne se trouve pour autant jamais adoptée puisqu’il est toujours question de limiter le niveau sonore et non d’explorer les moyens d’agir sur les modalités d’appréhension.
L’Organisation Mondiale de la Santé ne manque pourtant pas d’alerter sur l’impact de l’imaginaire sur le trouble en définissant la gêne comme une :
«Sensation de désagrément, de déplaisir provoquée par un facteur de l’environnement dont l’individu (ou le groupe) reconnaît ou imagine le pouvoir d’affecter sa santé »
De même l’Académie nationale de médecine assure que :
« La crainte de la nuisance peut être plus pathogène encore que la nuisance ».
Concernant l’impact délétère du préjugé défavorable sur le bruit, le psychiatre Stephen A. Stanfeld (16) pose la question suivante :
" Est-ce que le bruit provoque une perturbation du sommeil et par conséquent une altération de la santé ? ou peut-être plus probablement : est-ce qu'un mauvais état de santé conduit à la perturbation du sommeil par le bruit dans lequel le bruit est perçu comme perturbant ? "
S’agissant de l’effet nocebo, G.J. Rubin, M. Burns, S. Wessely (17) observent que :
« Les personnes qui déclarent avoir une électrosensibilité éprouvent en effet des symptômes lorsqu’elles sont exposées à des champs électromagnétiques, mais seulement lorsqu’elles savent qu’elles sont exposées ».
Le sens que l’on donne au bruit joue ainsi un rôle majeur dans le processus du trouble et par la suite sur les conséquences pathogènes qui en résultent pour la santé.
Dans ce cadre Chrystèle Philipps-Bertin, chargée de recherche en psychologie, et Margot Brunet, journaliste, (18) font état du résultat d’enquêtes menées par le laboratoire Modis démontrant que :
« Les individus survolés par des hélicoptères médicaux se déclarent globalement moins gênés que ceux exposés à des engins de loisir, pour des niveaux sonores objectifs comparables ».
Le laboratoire Modis observe encore que les riverains du tramway de la ville de Nantes se trouvent moins gênés par le bruit de passage des rames lorsque ces derniers en sont eux-mêmes utilisateurs (19).
Ainsi, la signification accordée au bruit impacte le ressenti et l’atteinte à la santé mentale apparaît dépendre de l’appréciation négative voire menaçante de la source sonore telle que suscitée par les médias.
Observons que les tribunaux reconnaissent aujourd'hui un tel effet nocebo dans le cas du voisinage d’éoliennes, comme par exemple la décision de la Cour d’appel de Toulouse du 8 juillet 2021 (20), laquelle retient la responsabilité d’un exploitant de parc au motif de la disparition des symptômes anxieux et dépressifs affectant les plaignants à l’issue de leur déménagement dans un autre site.
Le Tribunal judiciaire de Strasbourg retient également suivant la décision du 13 novembre 2025 (RG n° 17/02943) l’effet de stress engendré par un parc éolien :
« En conséquence, sur la base des conclusions de l'expertise judiciaire que Madame [M] ne conteste pas, le tribunal retient que le fonctionnement des éoliennes implantées à proximité de l'habitation de Madame [M] est la cause directe et certaine du stress et de l'anxiété ressentis par l'intéressée à l'exclusion de tout préjudice physique. »
Les conséquences du stress sur la santé mentale
De nombreuses études établissent que le trouble de bruit, caractérisé par des sentiments de déplaisir et d'inconfort, contribue à un stress mental lequel présente un facteur de risque pour la santé physique et mentale des personnes exposées.
Suivant ces études les effets physiopathologiques induits se traduisent par le développement d’états anxieux et dépressifs, par des risques cardiovasculaires et des maladies métaboliques.
Suivant la Fondation pour la recherche sur le cerveau (21) l’impact psychologique du stress est dépendant de la durée du stress :
« L’exposition prolongée ou répétée à l’agent stressant épuise les capacités énergétiques de l’organisme, le taux de glucose dans le sang est au plus bas, les cellules ne sont plus nourries : l’état d’épuisement est atteint. L’état d’épuisement devient un terrain propice au développement des maladies. Les cellules sont fragilisées et le système neuro-hormonal est déréglé, le cholestérol sanguin n’est plus régulé. »
De plus, le trouble de bruit est susceptible de favoriser des modes d'adaptation inadaptés, comme une augmentation du tabagisme, la consommation d'alcool et la sédentarité, autant de facteurs qui peuvent accroître la vulnérabilité aux problèmes de santé mentale.
Pour une éducation au bruit
Il est bien étrange que l’on puisse encore se référer dans l’approche du bruit à la tradition psychophysique du 18ème siècle, conduisant à prétendre à une relation logique entre le trouble et la quantité de décibel.
Il n’est pas moins surprenant encore de vouloir négliger l’impact délétère que peut avoir l’indésirabilité du bruit au point de vouloir à tout prix imputer à des phénomènes physiques ce qui relève de la pathologie du stress.
Les sciences humaines imposent aujourd’hui un changement radical de paradigme dans l’étude des effets du bruit sur l’homme.
Si la réduction du niveau sonore semble s’imposer a minima dans le cadre de la lutte contre les bruits excessifs de trafic ou de comportement de rue, l’action sanitaire contre les effets cognitifs exige de réformer en profondeur la pédagogie sur le bruit.
A cet égard il n’est pas recevable de laisser la norme AFNOR NF S 30-105 définir le bruit comme « toute sensation auditive désagréable ou gênante » et qu’une telle définition puisse se trouver reprise dans les mêmes termes par le ministère de l’Environnement : « Le bruit est un phénomène acoustique produisant une sensation auditive considérée comme désagréable ou gênante ».
Une telle interprétation ne résiste pourtant pas à l’observation ordinaire suivant laquelle de multiples bruits n’engendrent pas nécessairement des « sensations auditives désagréables ou gênantes », comme le sont habituellement les bruits coutumiers ou de la nature ; les neurologues évoquant même des bruits générateurs de bien-être, comme le bruit du gong, du ronronnement du chat, de l’eau qui coule, du crépitement du feu ; de tels bruits participant à la cure sononothérapique.
Il n’est donc plus permis de faire commerce du bruit par l’entretien d’un climat anxiogène et il appartient aux institutions d’engager un vaste programme pédagogique pour permettre à la population d’appréhender le bruit dans sa juste mesure.
Pour autant, suivant l’exemple de
Darlington cité par le docteur Jacques Mouret et de
Michel Vallet (22), il convient d’être attentif à la forme des campagnes antibruit
susceptibles a contrario d’engendrer une augmentation de la sensibilité.
L’action du ministère de la Santé se trouve à cet égard attendue pour développer des champs de ressource à l’endroit où le trouble est incontestablement d’ordre cognitif et où le bruit est susceptible de se voir dédramatisé.
Il semble que la première mesure éducative puisse aider à faire prendre conscience de la réaction archaïque que chacun peut avoir face à une source de bruit.
Viendrait-t-il à l’idée d’incriminer le facteur de la poste d’avoir déposé une mauvaise nouvelle dans la boite aux lettres ? C’est bien pourtant l’attitude récurrente adoptée lorsque le message véhiculé par le bruit est jugé menaçant et que l’on confond le signal sonore avec l’affect ressenti, au point d’imputer au bruit ses propres émotions.
Un telle attitude au bruit rend compte en comparaison des autres sens d’une relation fusionnelle de l’ouïe avec l’environnement et oblige à admettre qu’une partie du traitement auditif se déroule à notre insu, c’est-à-dire en dehors du champ de conscience, conduisant à des réactions primitives incontrôlées d’où proviennent trop souvent les manifestations d’agressivité et de violence.
On doit retenir la capacité de l’homme à interférer sur les processus d’ordre instinctif et la possibilité, même à des stades psychiques élémentaires, d’une distanciation par une habituation aux évènements sonores récurrents; de la nature du filtrage permanent des bruits assuré par le cortex auditif entre les stimuli jugés pertinents et ceux qui restent ignorés.
Pour ces niveaux élémentaires du fonctionnement cognitif, il semble également possible de préparer à un travail analytique visant à amener à la conscience et a les corriger les mécanismes projectifs contribuant à accrocher au bruit, tel un exutoire, ses propres insatisfactions.
Une autre mesure éducative consisterait à faire valoir des stratégies d’adaptation ou d’«échappatoires», telles que suggérées dans la revue Cerveau & Psycho par Valérie Rozec (23), consistant à compenser les excès d’exposition sonore par des pauses calmes dans des sites protégés, suivant par exemple le recensement effectué dans le cadre du Label Quiet (24).
En tout état de cause toute action confortative en la matière ne peut se trouver envisagée hors la participation des praticiens du trouble de bruit, disposant de l’expérience de l’accueil et du traitement des plaintes.
Références bibliographiques :
(1) https://www.francebleu.fr/vie-quotidienne/bien-etre-sante/le-bruit-cet-ennemi-invisible-1593418207
(2) https://www.cerveauetpsycho.fr/sd/sante/cerveau-psycho-n183-28466.php
(3) https://www.entendrelessentiel.com/journee-nationale-de-laudition-10-mars-2016/
(4) https://www.nationalgeographic.fr/sciences/2021/08/robert-koch-chasseur-de-bacteries-et-pionnier-dans-
la-recherche-contre latuberculose#:~:text=Robert%20Koch%2C%20docteur%20et%20microbiologiste,obtention%20d'un%20prix%
20Nobel.
(5) Bulletin de la Ville de Paris (n°72 - Janvier 1986)
(6) https://www.toutsurlisolation.com/quest-ce-que-lechelle-des-decibels
(7) https://www.santemagazine.fr/sante/maladies/maladies-de-l-oreille/le-bruit-une-vraie-menace-pour-notre-
sante-177816
(8) https://www.credoc.fr/publications/perception-du-bruit-en-ile-de-france-fin-2021-rapport
(9) https://www.vie-publique.fr/rapport/276965-conseil-national-du-bruit-rapport-2016
(10) K.D. Kryter The effects of noise on man. Academic Press N.Y. (1970) – rapporté dans Les effets du bruit sur la santé édité par le ministère de la Santé
(11) J.D. Miller Effects of noise on people. J. Acoust. Soc. Am. (1974) – rapporté dans
Les effets du bruit sur la santé édité par le ministère de la Santé
(12) https://www.inserm.fr/actualite/pollution-sonore-mais-quel-brouhaha/
(13) ADSP n° 121 mars 2023. Olivier Blond Président de Bruitparif, Fanny Mietlicki Directrice générale de Bruitparif, Anne-Sophie Evrard Chargée de recherche en épidémiologie à l’UMRESTTE
(14) B. Morillon et S. Baillet, chercheurs à l’INSERM / Institut de Neurosciences des Systèmes
(revue PNAS USA : Motor origin of temporal predictions in auditory attention)
(15) Claude LEROY président d'honneur de la Ligue française pour la santé mentale
Neuropsychiatre, directeur de recherches honoraire (Laboratoire d'écoéthologie humaine)
(16) Stephen A. Stanfeld Internoise 2000
(17) G.J. Rubin, M. Burns, S. Wessely (King’s College London, Department of Psychological
Medecine, Londres, Royaume Uni)
(18,19) Chrystèle Philipps-Bertin, chargée de recherche en psychologie à l’Université Gustave-Eiffel, et Margot Brunet, journaliste scientifique, dans la revue Cerveau & Psycho n° 183 - Janvier 2026
(20) https://www.bruit.fr/?view=article&id=22984:la-justice-reconnait-le-syndrome-eolien&catid=405
(21) https://www.frcneurodon.org/comprendre-le-cerveau/a-la-decouverte-du-cerveau/le-stress/
(22) Docteur Jacques Mouret et Michel Vallet dans Les effets du bruit sur la santé édité par le ministère de la Santé
(23) Valérie Rozec, docteur en psychologie de l’environnement et responsable du pôle formation et prévention au Centre d’Information et de documentation sur le bruit, revue Cerveau & Psycho n° 183 - Janvier 2026
(24) https://www.bruit.fr/nos-actions/le-label-quiet
