jeudi 18 mai 1989

ACOUSTIQUE DE L'EXISTANT

1 - LIBERTE D'INITIATIVE


La "réalité" de l'acoustique de l'habitat concernant les interventions sur existant, c'est la liberté d'initiative.

En effet, pour les travaux d'aménagement ou de rénovation, toute l'initiative est laissée aux occupants ou aux constructeurs pour l'appréciation des objectifs de protection acoustique.

A l'inverse, la construction des bâtiments nouveaux d'habitation est soumise à une réglementation acoustique spécifique fixant les conditions minimales de protection. Mais une fois réalisés, ces bâtiments ne font plus l'objet d'aucune obligation relative au maintien de ces performances.

La réglementation étant le plus souvent interprétée comme un objectif à atteindre, alors qu'elle ne constitue en réalité qu'un seuil minimal, il pourrait ainsi être intéressant d'examiner les comportements dans un secteur où la menace de sanction pénale n'existe pas.

2 - DU MEILLEUR AU PIRE


Le marché des travaux sur les bâtiments existants dépassant aujourd'hui celui de la construction neuve, le champ d'observation est vaste et l'on rencontre le meilleur comme le pire.

En expertise judiciaire ne sont examinés bien sûr que les cas négatifs ou d'échec: soit parce que des travaux ont dégradé la protection acoustique initiale, soit parce que le niveau de protection obtenu après la rénovation est insuffisant.

Les cas de dégradation sont multiples:

- Remplacement d'un revêtement de sol souple par un carrelage

- Réalisation d'une chape sur un plancher bois

- Dégagement des poutres pour les rendre apparentes

- Modification d'une installation de chauffage

- Installation d'une pièce de service au-dessus d'une chambre...

A l'opposé, des niveaux de protection acoustique dépassant nettement la réglementation du neuf sont rencontrés dans des cas de réhabilitation courante où, par exemple, les planchers sont simplement doublés par une chape sèche et un plafond suspendu.

Hormis les seuls problèmes d'encombrement des plafonds ou doublages, le choix de la prestation acoustique dans une opération d'entretien ou de rénovation est donc largement ouvert.

3 - IMPORTANCE ACCRUE DE L'ETUDE


Cette absence de contrainte administrative devrait conduire à une meilleure qualité de l'étude acoustique au moins pour deux motifs :

- La grille exigentielle réglementaire canalise la réflexion à travers quelques critères, probablement essentiels, mais loin d'être exhaustifs.

L'absence de réglementation est donc l'occasion d'une approche plus attentive consistant par exemple à associer la performance d'isolement au niveau du bruit de fond, à faire varier l'exigence de protection au bruit d'impact suivant la nature des locaux et à aborder enfin un aspect non plus défensif à l'égard du bruit mais permissif ou créatif.

- La réglementation étant utilisée dans la plupart des cas comme référence contractuelle entre les parties, son absence doit donc conduire à l'étude d'un programme acoustique, établi de plein accord entre les contractants.

4 - APPRECIATION DES OBJECTIFS


A défaut de connaître précisément l'utilisateur des locaux rénovés, ou les conditions réelles de voisinage, il est toujours possible d'établir le programme acoustique sur la base de résultats de tests de satisfaction.

En 1980, la Direction de la Construction avait confié à une équipe constituée par le CEBTP et la SOCOTEC, le soin d'évaluer des taux de gêne en référence à des niveaux d'isolement. L'expérimentation conduite sur 98 logements a permis en particulier de mettre en évidence les performances de protection nécessaire pour réduire le taux de gêne à 5%.

Soit en particulier :

- Valeur minimale de l'isolement au bruit aérien:
DnAT = 52 dB(A)
(la valeur minimale réglementaire pour le neuf est de 51 dB(A), avec un taux de gêne de 8%, ou de 48 dB (A) (tolérance) avec un taux de gêne de 22 %)

- valeur maximale du niveau de bruit d'impact:
LnAT = 55 dB(A)
(la valeur maximale réglementaire pour le neuf est de 70 dB (A), avec un taux de gêne de 16,5% ou de 73 dB(A) (tolérance) avec un taux de gêne de 19 %)

- valeur maximale du niveau de bruit de plomberie:
LeT = 32 dB(A)
(la valeur maximale réglementaire pour le neuf est de 35 dB (A) avec un taux de gêne de 12% ou de 38 dB(A) (tolérance) avec un taux de gêne de 18 %)

5 - ETAT DE L'EXISTANT


En comparaison, la plupart des constructions réalisées dans les années 50/60 présentent des isolements aux bruits aériens de l'ordre de 48 dB (A) et des niveaux de bruit d'impact de l'ordre de 75 dB (A), soit un taux de gêne de 20 %.

Dans les années 30, les planchers à hourdis céramique et parois séparatives en brique pleine n'offraient guère un isolement au bruit aérien supérieur à 42/45 dB (A), soit aujourd'hui un taux de gêne de 25 à 30 %.

Pour ce qui concerne les constructions plus anciennes le pan de bois n'offre pas un isolement supérieur à 50 dB(A), mais un moellon enduit permet d'atteindre 55 à 60 dB(A). Un plancher bois léger avec parquet et plâtre sur lattis ne permet pas d'assurer un isolement supérieur à 50 dB (A), mais un plancher traditionnel à aire et augets remplis de plâtre permet d'offrir un isolement de l'ordre de 55 à 60 dB (A).

Les constructions anciennes (avant 1850) permettaient d'assurer un isolement important, tandis qu'entre 1930 et 1970, les prestations offertes sont sonvent médiocres avec un taux de gêne pouvant atteindre aujourd'hui 30%.

Il est vrai que le paramètre acoustique ne constitue pas l'unique critère d'appréciation de la qualité d'un logement, et que le bruit est beaucoup mieux accepté en site urbain qu'en site résidentiel excentré.

6 - DETAIL DE L'ETUDE ACOUSTIQUE


Une intervention d'entretien ou de rénovation sur l'existant devrait en conséquence, comprendre une vérification des performances à l'état initial et une étude de faisabilité préalablement à l'établissement des spécifications techniques :

6.1 - VÉRIFICATION DES PERFORMANCES


- Isolement au bruit aérien

- Niveau du bruit d'impact

- Niveau du bruit d'équipement

- Isolement vis-à-vis de l'espace extérieur et constat de site

- Durée de réverbération (salles)

6.2 - ETUDE DE FAISABILITÉ


- Examen du projet, prise en compte des exigences de structure, de plomberie et de comportement de l'usager

- Recherche des solutions techniques

- Estimation des performances et comparaison avec les intentions du programme

- Proposition des objectifs

6.3 - ETABLISSEMENT DES SPÉCIFICATIONS TECHNIQUES


- Isolements intérieurs

. composition des parois séparatives et des parois latérales

. composition des parois de gaines et des circuits de ventilation

. composition des huisseries

- Isolement de façade

. composition de la maçonnerie et des doublages composition des menuiseries et des vitrages

. composition des d'air

- Isolement au bruit d'impact

. composition des planchers

. nature des revêtements

- Niveau de bruit des équipements plomberie/sanitaires

. ventilation

. ascenseur

. portes de garage

- Correction acoustique

. revêtements des parois verticales . revêtements de sol

. plafond et panneaux absorbants

CONCLUSION


Après plusieurs recommandations, restées sans effet, en 1958 et 1963, il s'est avéré nécessaire de réglementer la protection acoustique dans la construction des immeubles d'habitations. Ceci fut fait en 1969 et dès 1975 des progrès pouvaient être constatés.

Est-il possible aujourd'hui de relever le défi de la liberté d'initiative en matière de travaux de rénovation ?
Les exemples de réalisations réussies existent, et les projets de réglementation aussi.

Centre de recherche sur l'habitat - Colloque du 18 mai 1989


samedi 31 décembre 1983

LA DURABILITE DE L'ISOLATION ACOUSTIQUE DANS LES CONSTRUCTIONS

Introduction


La présente communication est tirée d'une étude effectuée sous la direction du Plan-Construction sous le titre « Durabilité et entretien de la protection acoustique des bâtiments »; cette étude ayant pour objet de former une synthèse des informations disponibles sur le sujet et d'établir les bases d'un guide destiné à sensibiliser les professionnels de l'entretien aux problèmes acoustiques.

L'isolation acoustique est actuellement conçue et réalisée pour répondre à des exigences réglementaires ou contractuelles au stade de la livraison des bâtiments; il n'est pas réellement tenu compte de l'évolution possible dans le temps des performances et, par conséquence, des critères de durabilité et d'entretien.

Cette observation n'implique pas bien sûr que les dispositifs de protection acoustique sont à considérer systématiquement comme fragiles et peu durables, néanmoins la démonstration de leur pérennité n'est pas non plus évidente. La question de la durabilité de l'isolation acoustique dans les bâtiments mériterait d'être posée sérieusement et tout ce qui peut être dit à ce jour doit être considéré comme préliminaire.

Cette question en fait a été posée au cours des débats parlementaires sur la loi du 4 janvier 1978 relative à la responsabilité et à l'assurance dans le domaine de la construction, puisque le rapporteur de la commission des lois au Sénat et celui de l'Assemblée Nationale n'étaient pas d'accord. Pour le premier « le défaut d'isolation phonique est un désordre statique peu susceptible d'évolution », tandis que pour le second « les défauts d'isolation phonique connaissent souvent une aggravation dans le temps ». Finalement, le Sénat a eu raison puisque l'isolation acoustique a été classée dans le cadre de la garantie de parfait achèvement à laquelle l'entrepreneur est tenu pendant le délai d'un an et d'une garantie de 6 mois de la part du vendeur.

Donc, l'isolation acoustique ne devrait pas se dégrader dans le temps, ou bien une éventuelle réduction de performance ne devrait pas mettre en cause la propriété à destination des locaux. Là-dessus, la jurisprudence est attendue avec impatience et les techniciens peuvent s'interroger sur la compétence acoustique du législateur.

Investigations sur la dégradation éventuelle de l'isolation acoustique


Observations in-situ

Le moyen d'investigation le plus sûr pour apprécier la possibilité de dégradation de l'isolation acoustique est l'observation de résultats de mesures acoustiques effectuées à plusieurs années d'intervalle, à des emplacements identiques n'ayant pas subi de transformations et dans des conditions de mesure comparables. De tels essais n'existent qu'en tout petit nombre, ils sont insuffisants pour pouvoir tirer des conclusions acceptables, mais permettent d'ouvrir le débat.

Nous citerons les exemples suivants :
- Mesures d'isolement aux aériens entre pièces superposées dans une opération près de Lille. L'intervalle de temps entre les mesures se situe entre 2 et 6 ans. Sur les 15 essais effectués, trois isolements sont meilleurs. Un isolement n'a pas varié et 11 se sont dégradés. Si l'on prend la précaution, étant donné l'intervention de laboratoires différents, de ne considérer que les variations supérieures à la marge de tolérance de mesure, les trois résultats significatifs qui subsistent présentent une dégradation de 5 et 7 dB(A) après 5 années et de 4 dB(A) après 6 ans.

- Mesures d'isolement vertical ou horizontal réalisées par un laboratoire de l'Équipement avec un intervalle de temps compris entre 2 et 5 ans. Sur 9 essais, 2 isolements se sont améliorés, un isolement n'a pas varié et 6 se sont dégradés. Si l'on ne considère que les résultats supérieurs à 3 dB(A), 8 essais sont à négliger et une seule mesure présente un déficit de 4 dB(A) après 3 ans et 4 mois.

- Quelques cas existent où la dégradation est manifeste, comme par exemple une réduction de l'isolement de 15 dB(A) à la suite de la déformation d'une façade légère filante.

- Vis-à-vis des bruits d'impacts une importante étude a été faite par un Institut de physique d'Allemagne de l'Ouest sur des planchers flottants. Sur l'ensemble des mesures effectuées après 3 ans, 3 % ont mis en évidence une perte d'isolement d'au moins 8 dB(A) et 19 % une perte d'au moins 5 dB(A).

- Un fabricant de plaques de gommes naturelles, dans lesquelles il est possible par découpage de confectionner des plots antivibratoires, présente dans sa documentation publicitaire des résultats de mesure de vibrations effectuées sur un socle flottant après 10 ans d'utilisation. La perte d'efficacité exprimée en niveau d'accélération atteint un maximum de 22 dB(A) sur les fréquences proches de 1000 Hertz.

Essais en laboratoire

En laboratoire cette fois (il ne s'agit donc pas de vieillissement naturel), un centre de recherche a fait une campagne de mesure sur le bruit provoqué par 12 robinetteries à différents stades d'usure provoquée par la manœuvre d'ouverture et de fermeture du robinet. Après 200 000 cycles de fonctionnement, la mesure étant faite à la moitié du débit du robinet, un résultat n'a pas varié, 8 robinets se sont améliorés de 1 à 16 dB(A) et 3 se sont dégradés de 6 à 7 dB(A). Ces essais instructifs, étant donné que 200 000 cycles de fonctionnement correspondent approximativement à 10 ans d'utilisation, ne reflètent cependant pas un usage en condition réelle, c'est-à-dire l'étude des robinets soumis aux effets de l'entartrage et de la corrosion, surtout en eau chaude. Un essai de durabilité qui comprendrait ces paramètres apporterait des renseignements beaucoup plus intéressants.

Également pour les équipements, et en particulier pour les ascenseurs, un laboratoire de l'Équipement a retrouvé dans ses archives 7 couples de mesures dans un intervalle de 1 à 2 ans; soit un intervalle qui reste limité dans le temps. Les résultats sont divergents puisqu'il est constaté à la fois des améliorations pouvant aller jusqu'à10 dB(A) ou des dégradations jusqu'à 4 dB(A). L'importance des possibilités de réglage ou de déréglage est démontrée, ainsi que l'importance d'une maintenance acoustique qui se porte au-delà de la seule vérification du bon fonctionnement mécanique.

Ces quelques exemples qui ont été recueillis avec beaucoup de difficultés n'ont pas fait l'objet d'une analyse de vieillissement parce qu'il aurait fallu, dès l'origine des mesures, observer en détail les différentes voies de transmissions et avoir une description détaillée des ouvrages.

Modifications inhérentes aux constructions


L'étude de l'évolution dans le temps des performances doit se rapprocher des modifications inhérentes aux constructions à savoir : les variations dimensionnelles, l'évolution chimique des matériaux et l'usure.

Variations dimensionnelles

Rappelons que les ouvrages en béton font l'objet de déformations dues au fluage (de l'ordre du 100e de mm/mkg.cm2), que l'on considère comme achevé aux 3/4 après un an de chargement, et également sous l'effet de variations de température d'une valeur de l'ordre du 100e de mm/m/degré centigrade.

Sous l'action de ces déformations et de flexions différentielles des planchers, les maçonneries et les cloisons sont soumises à des contraintes tant verticales qu'horizontales de compression et de traction. En faisant varier la raideur et les conditions de liaison au bord des parois, on modifie leur comportement acoustique. A l'extrême, c'est-à-dire en passant d'un encastrement complet à une désolidarisation périphérique, il a été vérifié en laboratoire qu'une cloison légère en maçonnerie voit son indice d'affaiblissement acoustique augmenter de 3 à 5 dB(A). Les transmissions latérales par ce type de cloison étant loin d'être négligeables, on remarque qu'une modification dans le temps peut aussi être envisagée pour un isolement entre appartements par cette voie. Au-delà de la contrainte admissible apparaissent les fissures. Dans ce cas, la perte de performance acoustique s'accompagne heureusement, si l’on peut dire, d'une observation visuelle qui permet de cerner le problème, car le constat oculaire est beaucoup plus facile que le constat auditif et de ce fait la réparation plus évidente.

Evolution chimique des matériaux

Parmi les matériaux dont l'organisation moléculaire subit des variations dans le temps par le seul contact avec l'environnement ambiant, l'élastomère est, à cause de son utilisation croissante dans le bâtiment, largement concerné (calfeutrements, raccords, fourreaux...).

Un laboratoire anglo-saxon a fait paraître, dans une revue spécialisée sur le caoutchouc, les résultats d'une étude visant à préciser la durée pendant laquelle les articles peuvent être stockés avant qu'il n'y ait modification de leurs propriétés au point de vue de la résistance mécanique et de l'allongement à la rupture. Les articles testés ont fait l'objet d'un vieillissement naturel dans leur empaquetage. Les conclusions de l'étude sont édifiantes, puisque les articles à base de butadiène-styrène et de caoutchouc nitrile se révèlent être stockables sans dommage pendant 5 ans, ceux à base de néoprène 6 ans et ceux à base de caoutchouc naturel pendant 6 mois seulement. Mis en œuvre, les articles testés ont donc toute chance de vieillir au moins aussi vite que dans leur emballage et, une fois encore, la plus grande attention doit être portée aux indications de durabilité. Par exemple, tel fabricant de joint, indiquant qu'une menuiserie équipée de son produit ne perd que 10 % de son coefficient de perméabilité à l'air après 7 000 cycles d'ouverture et de fermeture à la cadence de 12 à 15 cycles par minute, ne devrait pas ajouter dans sa publicité que cela correspond à 2 ouvertures quotidiennes pendant 10 ans. En effet, pendant la durée des essais, c'est-à-dire environ 8 heures, la modification moléculaire du produit n'a pas dû être bien importante. La modification des caractéristiques mécaniques des caoutchoucs risque d'occasionner des répercussions acoustiques diverses.

Ainsi :

- la dégradation des joints d'étanchéité d'une menuiserie de façade peut entraîner une perte d'isolement de l'ordre de 5 à 10 dB(A)

- un fourreau de colonne de chauffage n'assurant plus sa fonction d'étanchéité entre deux locaux superposés peut entraîner une perte d'isolement de l'ordre de 3 à 5 dB(A).

Usure

L'évolution des performances acoustiques par l'usure concerne les revêtements de sol, par enlèvement de matière ou tassement de la sous-couche (la diminution d'1mm d'épaisseur du produit correspond approximativement à une réduction de performance de 3 dB(A)) ainsi que l'ensemble des équipements en mouvement ou soumis à un mouvement.

Ainsi le palier endommagé d'une pompe, bien que celle-ci puisse répondre encore un certain temps à sa fonction mécanique, peut augmenter de plus de 10 dB(A) le niveau de bruit produit dans un local voisin, un ventilateur peut voir avec le temps ses pales se charger de poussières et augmenter l'effet de balourd, un silencieux peut s'encrasser, l'obturation des pores du matériau absorbant, réduisant les performances, les ventouses d'extraction de la VMC peuvent elles aussi s'encrasser, occasionnant une augmentation de la vitesse de passage à l'air et, par conséquent un effet de sifflement.

Citons enfin les dalles flottantes qui peuvent voir leur effet diminuer dans le temps pour différents motifs:

- perte des propriétés élastiques de la sous-couche par écrasement des fibres ou des cellules, dégradation chimique, imprégnation liquide

- solidarisation de la dalle avec la structure environnante par mouvement différentiel de la dalle ou du revêtement, introduction de matières solides dans le relevé, liaisons rigides occasionnées par l’ameublement.

Un laboratoire a mesuré plus de 10 dB(A) de déficience à partir de 400 hertz pour 1 seul point de contact de la dalle et plus de 20 dB(A) avec 10 points de contact.

Conclusions


Les bâtiments d'habitation collectifs font l'objet d'une exigence de protection acoustique minimale lorsqu'ils sont neufs, mais cette exigence n'est pas maintenue dans le temps. Qui dit risque d'usure devrait dire surveillance et entretien le cas échéant. Or, le contrôle permanent des prestations acoustiques n'existe pas, même les remplacements effectués sur les gros équipements ne sont en général pas accompagnés de mesures acoustiques.

Pourtant, les règlements sanitaires départementaux prévoient bien que les adjonctions ou les transformations d'équipements du logement doivent satisfaire aux dispositions de la réglementation en vigueur. Seuls deux départements ont une réglementation un peu différente : la Seine-Saint-Denis et le Val-d'Oise limitent le niveau de bruit à 35 dB(A) dans les chambres et 40 dB(A) dans les séjours, les pièces étant supposées nues. Ces textes, on le sait, ne sont pas appliqués, au même titre que la seule prescription acoustique obligatoire à caractère permanent qui concerne les hôtels.

Il est vivement souhaitable que l'on en sache un peu plus sur cette question de la durabilité de l'isolation acoustique à travers des observations systématiques de bâtiments, en considérant bien que de faibles variations de performances ne sont pas à négliger. Il est, en effet, démontré que l'introduction de la tolérance de mesure de 3 dB(A) sur le seuil réglementaire d'isolement aux bruits aériens fait passer le taux de gêne de 8 % à 22 % ; augmentation qui est donc significative.

Les résultats de la recherche permettraient d'orienter la conception des ouvrages afin que les dispositifs de protection acoustique à faible durée de vie puissent être remplacés sans dommage, de mettre en évidence l'intérêt d'un classement de durabilité du type EPEBat, en liant cependant la caractéristique acoustique à celle de l'usure, ainsi que d'établir les bases du carnet de santé acoustique type applicable à la maintenance des constructions.

La question de la durabilité de la protection acoustique étant posée, il serait souhaitable maintenant d'y trouver des éléments de réponse.

4ème colloque CSTB/CFI - 7 octobre 1982
Cahier du CSTB 1908 – Décembre 1983


mercredi 31 janvier 1979

L'ARCHITECTE ET LE PAYSAGE SONORE

A LA RECHERCHE DU PAYSAGE SONORE


La confusion fréquente bruit/nuisance apparaît avant tout comme la déformation du monde sonore tel qu'il devrait être ressenti. C'est le signe de rejet d'un univers sensoriel devenu sans nuances.
La civilisation occidentale a privilégié le sens de la vue en plaçant ce denier au-dessus de l'interaction normale des sens; l'appropriation sensorielle du milieu est devenue la prérogative de l'information visuelle ; la perception des sons n'apportant qu'une source de renseignements de deuxième ordre.

Quand il est question d'environnement, de paysage, nous pensons avant tout aujourd'hui à la qualité de perception de l'œil.

Le refus des modes d'urbanisation nouveaux, le souci de l'intégration et du respect des sites sont des exigences du sens de la vision et la satisfaction de ce sens apparaît comme la première des conditions vers le mieux-être. Les actions de défense de quartiers sont engagées pour la protection et la conservation d'images visuelles et non d'images sonores, comme si la qualité de l'environnement sonore était une conséquence inéluctable de la qualité de l'environnement visuel.

Ainsi, dans le paysage sonore que nous vivons, l'oreille ne se révèle que pour les extrêmes: l'insupportable ou le silence anormal, en laissant de côté l'ensemble des nuances et des phases transitoires. « Il est facile de constater que les perceptions des peuples civilisés sont grossières et frustres en comparaison de l'hyperesthésie des cultures oralo-auditives. » dit Marshall Mal Luhan.

Les recherches biologiques sur la mutation démontrent que le développement de l'homme va dans le sens de la satisfaction de ses besoins essentiels et tend à atrophier les organes présentant un défaut d'usage. L'oreille est en permanence dupée. Sait-on que la musique d'ambiance des grands magasins n'est là que pour masquer le tintamarre des lieux et agir sur le psychisme de la clientèle ?

Nous apercevons-nous que le niveau de pression acoustique en pleine forêt est très élevé et qu'il n'a aucune commune mesure avec l'impression ressentie de calme ?

Nous savons regarder, apprenons à écouter. La notion d'intimité d'un lieu attribuée à la dimension de l'espace, à l'absence d'excitation visuelle forte, a pour raison également la transformation du niveau et du spectre sonores par rapport au bruit d'ambiance. Le marché traditionnel n'est-il pas entendu autant qu'il est vu, les produits vantés à grand renfort de voix ? On a tort de le décrire seulement comme «haut en couleurs», il l'est beaucoup aussi en sonorités.
Il existe bien sur les cartes routières des indications de panoramas visuels, ne pourrait-on pas indiquer les panoramas présentant un intérêt acoustique ? Les lieux riches en sonorités et particulières sont nombreux : criques de falaises, vallées à écho...

L'espace acoustique a ceci d'inconfortable qu'il est collectif, tandis que l'espace visuel peut être réduit à soi-même : « sa maison, son jardin ». L'espace visuel s'individualise ; l'espace acoustique difficilement. La création de son propre espace sonore, qui constitue une revendication légitime, peut se définir comme la subtile association des messages utiles provenant de l'extérieur et de nos propres sonorités. Le choix acoustique, ce serait en même temps de pouvoir doser les bruits extérieurs et s'entourer de ses propres bruits, sans avoir à en augmenter l'intensité. Le bruit est également une des expressions de nos comportements quotidiens et l'obligation de le restreindre, de se contraindre à un certain silence, constitue une restriction de l'individualité. Vivre notre espace sonore, ce serait créer notre bruit, sans avoir ni à le superposer à d'autres, ni à le voir s'échapper hors de nos « murs », parce notre bruit nous appartient et savoir qu'il s'échappe vers d'autres oreilles est une perte d’intimité.

Le dosage sensible des bruits qui peuvent pénétrer et de ceux qui peuvent être diffusés, ne se réalisera pas, en tous cas hors d'un cadre de vie pensé à cette fin. Pour que l'espace acoustique cesse d'être un espace subi, il faut l'organiser. Les concepteurs d'architecture ont conçu jusque-là les espaces sonores à la manière de Monsieur Jourdain, sans trop s'apercevoir que toute décision dans le domaine visuel a une conséquence acoustique inéluctable: implantation et gabarit des constructions, disposition et géométrie des locaux, choix des matériaux et des techniques. L'acoustique est corrélative de la plastique, en aucun cas la première ne constitue un traitement rapporté à la deuxième. « Esthétique » signifie étymologiquement: perceptible par les sens. Alors si le cadre architectural engendre des paysages, pourquoi n'engendrerait-il pas également des paysages sonores ?

Dans le cadre d'une école d'architecture une organisation pédagogique qui réduirait la conception acoustique à une intervention d'ordre technique priverait l'enseignement de l'un des domaines de perception de l'espace et se situerait à l'encontre des efforts actuellement et tardivement entrepris pour la promotion d'un cadre de vie précisément plus soucieux de l'individu.

Enfin, la pratique acoustique de l'architecture devrait contribuer à la plus grande diversification des stades d'intervention de l'architecte dans le processus de création et de conservation de ce cadre de vie sonore.

L’ARCHITECTE ET L'ESPACE SONORE


Les espaces sont conçus comme des images. La géométrie, outil visuel, paraît être le moyen le plus évident de représentation de l'architecture, qui cependant est perçue par chacun des sens. L'architecte préparé à l'étude de la plastique, de la polychromie, et éventuellement du toucher, est convaincu que l'aspect suffit à l'espace construit pour qu'on puisse le prendre à l'occasion comme de l'architecture. Il apparaît pourtant à l'usage que l'appropriation de cet espace s'appuie aussi sur l'odorat et l'ouïe.

Retenons l'ouïe pour notre propos et établissons le postulat suivant: Toute création d'ordre visuel entraîne inéluctablement une création d 'ordre sonore.
Le choix des dimensions d'un volume, du rapport de celles-ci, de sa forme, définit les caractéristiques acoustiques propres à ce volume. Ces caractéristiques sont la fréquence de résonance, la distribution de la pression, la diffusité du son, le temps de réverbération, les phénomènes acoustiques particuliers, tels la focalisation, l'accumulation tangentielle de l'énergie, les échos flottants...

Après le choix de la forme vient celui de la qualité des parois. Ce dernier a une implication acoustique plus connue, la tendance consiste d'ailleurs à penser qu'il s'agit là de l'unique implication acoustique et que par conséquent, il suffit de l'ajouter après coup. C'est une erreur qu'il convient de combattre, une fois que la forme existe, la matière acoustique principale est là. Le choix des revêtements ne relève que de l'aménagement. L'acoustique ne peut constituer une technique rapportée tant pour isoler que pour obtenir une ambiance sonore adaptée, c'est un art avec sa dimension créatrice partie intégrante de l'architecture. L'acoustique, c'est bien davantage que l'étude des salles d'écoute, la prescription des manchons, fourreaux, supports élastiques ou des indices DS, Ln, delta, coefficients alpha …

De la manière que l'on apprécie les qualités plastiques d'un espace en se déplaçant, l'espace sonore ne prend sa dimension que par rapport aux activités qui l'animent. Un décryptage de l'espace sonore devrait considérer les liens existants entre le générateur de son (l'émetteur), le support physique (le cadre bâti ou naturel) et l'auditeur (le récepteur). Le rôle de l'architecte consiste alors à développer « l'audibilité » du support physique comme il développe par ailleurs son « imagibilité ». Par « audibilité » entendons la propriété d'un espace à provoquer une sensation acoustique forte chez n'importe quel auditeur. Citons le peintre qui siffle parce que les locaux sont nus et réverbérants, l'enfant qui crie dans le préau, le marcheur qui claque les talons... Chacun des supports physiques a nécessairement une propriété acoustique, il n'en possède pas pour autant les qualités d’« audibilité ». Le marché couvert, le couloir du métro, les tribunes d'un stade, la cage d'escalier, le bureau « ouaté », l'allée gravillonnée sont des supports physiques de l'espace sonore dont l’« audibilité » est certaine.

La quête de l'architecte pour la création et l'amélioration de l'environnement ne peut se trouver limitée à l'étude de l'image visuelle, y compris les sciences humaines ou techniques qui s'y rapportent.

L'architecte ne peut ignorer qu'il est aussi acousticien et que la conception du paysage sonore lui revient. Son action doit se situer bien au-delà de la seule lutte contre les bruits gênants, vers l'enrichissement des perceptions sonores.

Revue BIP – Janvier 1979